Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta
vie
Et sans dire un seul mot te mettre à
rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent
parties
Sans un geste et sans un soupir
;
Si tu peux être amant sans être fou
d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être
tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton
tour,
Pourtant lutter et te défendre
;
Si tu peux supporter d'entendre tes
paroles
Travesties par des gueux pour exciter des
sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches
folles
Sans mentir toi-même d'un mot
;
Si tu peux rester digne en étant
populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les
rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en
frère,
Sans qu'aucun soit tout pour toi
;
Si tu sais méditer, observer et
connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur
;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton
maître,
Penser sans n'être qu'un penseur
;
Si tu peux être dur sans jamais être en
rage,
Si tu peux être brave et jamais
imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être
sage,
Sans être moral ni pédant
;
Si tu peux rencontrer Triomphe après
Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même
front,
Si tu peux conserver ton courage et ta
tête
Quand tous les autres les
perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la
Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves
soumis,
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la
Gloire,
Tu seras un homme, mon
fils.
Rudyard KIPLING -
1910
Traduction d'André Maurois,
publiée dans
"Les Silences du colonele
Bramble" (Grasset)
La Croisade des Enfants
Jacques HYGELIN
"J'suis trop p'tit pour
me prendre au sérieux,
Trop sérieux pour faire
le jeu des grands
Assez grand pour
affronter la vie,
Trop petit pour être
malheureux ..."
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